En ce moment, je découvre les bienfaits de la méditation. Je dois confesser que cela reste encore trop théorique et peu souvent pratique, mais j’aimerais méditer de plus en plus.
John Main, moine bénédictin britannique, disait que la méditation est « un état de complète ouverture ». Dans le billet d’aujourd’hui, je vous propose d’explorer un peu plus cette idée, pour, peut-être, vous donner envie, vous aussi, de vous y mettre.

Méditation et simplicité
Pour comprendre la méditation comme un « état de complète ouverture » chez John Main, je pense qu’il est nécessaire de faire le lien entre la méditation et la simplicité. La méditation est une ouverture, non parce qu’elle nous mène dans des chemins tortueux, profonds et mystérieux qui nous aideraient à découvrir des choses nouvelles, mais au contraire parce qu’elle amène une simplicité radicale, depuis laquelle il est possible d’y voir plus clair. Le silence est nécessaire afin d’entendre le monde plus distinctement. John Main écrit : « la méditation dans le contexte de la tradition chrétienne n’apporte pas vraiment d’élément nouveau »[1]. De même, Madame Guyon nous dit que « tout ce qu’il y a de plus grand dans la religion est ce qu’il y a de plus aisé »[2] et utilise l’image de la rivière qui mène à la mer : une barque n’a pas de mal à rejoindre la mer si elle se laisse simplement porter le long de la rivière.

La méditation est donc cette action, accessible à tous, qui consiste à s’embarquer et se laisser porter. « Tous peuvent faire oraison » écrit Madame Guyon. Ainsi, la méditation est avant tout une simplicité.

Cette simplicité amène alors l’ouverture, car ce dont les croyants ont souvent besoin, ce n’est pas tant d’une explication théologique précise qui encadre l’esprit, mais bien plutôt d’une expérience de la présence divine qui dépasse nos connaissances et nous permet donc d’aller au-delà de nous-même, vers une ouverture. Nous lisons chez John Main que « quand on médite, l’intention n’est pas d’avoir des pensées sur Dieu, sur son Fils Jésus, ou sur l’Esprit saint. En méditant, on cherche à réaliser quelque chose d’infiniment plus grand. » (2011, p.35)

Ouverture à soi, à Dieu et aux autres
La méditation est aussi un « état de complète ouverture » parce qu’elle nous permet de mieux nous connaître, mieux expérimenter Dieu, et mieux s’ouvrir à l’autre. La méditation n’est pas un acte purement autocentré, et qui serait donc une fermeture, mais c’est une discipline spirituelle qui permet au croyant et à la croyante d’apercevoir en soi le fondement de son être, qui est Dieu. Il est vrai que le premier temps de la méditation est de porter son attention à soi-même, comme le dit Main (2011, p.33), mais cette attention sur soi n’est qu’un « tremplin », pour reprendre l’expression augustinienne citée par notre auteur, qui nous permet de mieux arriver à Dieu, qui est notre origine divine.

Avoir une plus grande conscience de cette origine divine est, bien sûr, une ouverture à Dieu, mais c’est aussi une ouverture vers l’autre. Le moine bénédictin écrit autre part que « notre vie intérieure et notre vie extérieure doivent s’aligner en harmonie dans tout ce que nous faisons : au niveau de nos agissements ; au niveau de nos relations »[3]. La vie intérieure et la méditation ne sont pas sans effets, mais nous permettent de s’ouvrir aux autres grâce à notre ouverture à Dieu. Thomas Merton écrivait déjà qu’« un homme ne peut entrer dans le centre le plus profond de soi et traverser ce centre pour atteindre Dieu, s’il n’est pas capable de sortir complétement de soi, se vider de soi et se donner entièrement aux autres dans la pureté d’un amour altruiste »[4]. Le développement d’une vie intérieure ne cherche donc pas une vie égoïste, mais une vie ouverte vers le monde et vers l’autre.

Conclusion : la méditation comme ouverture et abandon
De même que Merton parle de « se vider de soi et se donner entièrement », Madame Guyon parle aussi d’abandon : « l’abandon est un dépouillement de tout soin de nous-mêmes, pour nous laisser entièrement à la conduite de Dieu. ». C’est cet abandon qui permet l’ouverture. Dans l’évangile selon Jean, nous lisons « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. » (Jn 12,24, traduction TOB). Il s’agit donc de s’abandonner totalement à Dieu, afin de mieux être formé par lui. Merton écrit « En effet, dans la méditation nous apprenons à être dépossédés »[5]. La méditation est donc un « état de complète ouverture » car elle permet la pratique de cet abandon de soi, ne cherchant pas à posséder quoi que ce soit ou à obtenir quelque chose, mais cherchant simplement à s’ouvrir à Dieu, à « être avec lui, à expérimenter sa personne » (Main, 2011, p.35).

[1] Main, John, Initiation à la méditation chrétienne. Un mot dans le silence, un mot pour méditer, Le jour, 2011, p.35.
[2] Les citations de Mme Guyon dans ce document proviennent toutes des Œuvres mystiques de Madame Guyon, éd. D. Tronc, Paris, H. Champion, 2008.
[3] « This means that our interior life and our exterior life have to come together in harmony in whatever we do: how we conduct ourselves; how we handle our relationships. » (trad. Personnelle) dans Main, John, Fully Alive : An Introduction to Christian Meditation, Canterbury Press, 2013, chap. 13.
[4] « a man cannot enter into the deepest center of himself and pass through that center into God, unless he is able to pass entirely out of himself and empty himself and give himself to other people in the purity of a selfless love. » (trad. Personnelle) dans Merton, Thomas, New Seeds of Contemplation, New Directions, 2007, chap.9 (édition Kindle).
[5] « Indeed, in meditation we learn to be dispossessed », ibid, chap. 24.
Laisser un commentaire