Parce que les chrétiens sont curieux !

Peut-on éradiquer le mal ou la souffrance ?

Quand j’avais 15 ans, je me suis cassé le bras en faisant une chute en snowboard. Et le pire dans tout ça ? C’était le premier jour des vacances.

Pourquoi moi ? Pourquoi dois-je rester au chalet pendant une semaine alors que les autres profitent de la neige ? Pourquoi mon bras est-il si fragile ? C’est injuste !

Dans cet article j’aimerai évoquer la question du mal et en quoi cette question ne peut pas être logiquement liée à la question de l’existence de Dieu.

Imaginer un monde sans souffrance ?

J’ai eu un échange en ligne récemment avec quelqu’un qui affirmait que le fait que Dieu soit responsable des cancers et des catastrophes naturelles prouve qu’il ne peut pas être bon. Dans ce raisonnement, la notion de responsabilité est à revoir. Mais il y a un autre problème : ce raisonnement sous-entend que les souffrances et le mal pourraient ne pas exister. Je lui ai demandé s’il pouvait vraiment imaginer la vie sur terre sans catastrophes naturelles et sans cancer. Il m’a répondu “oui et c’est très facile d’imaginer cela.”

Je pense qu’il a tort.

Il est facile d’imaginer sa propre vie sans cancer ou catastrophe, car c’est ce qu’on espère fortement. Quand on est malade, on se souvient d’avoir été en bonne santé et on se demande, de façon très personnelle, “pourquoi dois-je souffrir maintenant alors que je sais pouvoir être en bonne santé ?”.

Mais réfléchissons d’un point de vue de l’existence humaine dans son ensemble.

D’abord, le problème n’est pas avec le cancer en soi. Car si le cancer n’existerait pas, on serait en train de parler d’autre chose : la maladie d’Alzheimer, les AVC ou la Bronchopneumopathie chronique obstructive (3ème cause de décès dans le monde). Il y aura forcément quelque chose.

En fait, la souffrance et la mort font partie de notre existence humaine. Et c’est un fait. Notre esprit humain ne peut imaginer autre chose qui ne soit pas humain.

La vie est faîte de souffrance car la vie est limitée.

Il faut bien comprendre que je ne suis pas en train d’avancer un argument logique qui affirme que le mal doit forcément exister, comme si je faisais l’apologie de la souffrance. Je fais plutôt un constat que notre réalité est telle que le mal existe, et demander que le mal ou la souffrance n’existent pas revient à demander quelque chose d’insensé, comme un carré qui soit rond ou un lion végétarien. C’est une phrase qu’on peut dire mais qui n’a aucun sens pour les humains : “une vie sans souffrance” n’est pas quelque chose d’imaginable.

La vie et la mort vont ensemble. Nos limites nous définissent. Et ce n’est pas la question de l’existence ou non de Dieu qui change cette réalité.

Les limites sont partout, même dans les meilleures choses, comme l’amour. L’amour entre deux êtres suppose une liberté, elle sous-entend un don libre et volontaire de soi à l’autre. Mais ce don de soi, cette liberté, ce lien d’amour entre deux personnes, n’ont de sens que parce qu’il y a une séparation entre ces deux personnes. L’amour ne pourrait pas exister s’il n’y avait aucune tension, aucune séparation à franchir. Pensez à ceux avec qui vous vous disputez le plus : ce sont les membres de votre famille ou bien vos conjoints. Ce sont les personnes que vous aimez le plus.

Le fait que je souffre quand je me casse le bras est une réaction naturelle qui m’aide à savoir que mon bras a des limites. C’est une façon de me protéger. Si le feu ne me faisait pas mal, je pourrais bruler ma main entière sans m’en apercevoir. Ainsi, demander que mon bras ne me fasse plus mal ou que mon bras ne puisse pas ce casser, c’est demander un tout autre corps qui ne serait plus un corps humain.

L’humain est donc limité par nature. Qu’importe ce qu’on pense vouloir éliminer de l’expérience humaine (le cancer, les tsunamis, les bras cassés …) il y aura toujours une limite, la mort. La vie humaine n’a pas de sens sans la mort.

Faut-il accepter cela sans rien dire ?

Attention ! Savoir que la souffrance existe ne veut pas dire que c’est facile à accepter ! Se plaindre ou se lamenter fait aussi partie de notre vie, et c’est normal !

Dans notre expérience humaine, si on traite la question du mal avec honnêteté, il faut voir que c’est plus une question de lamentation qu’une question de logique. La lamentation se place dans un contexte relationnel plus que rationnel.

La question du mal nous tourne vers la question de notre relation avec Dieu, plutôt que de son existence. “Dieu, pourquoi suis-je en train de souffrir maintenant ?”. “Dieu, que dois-je faire pour sortir de cette souffrance ?”. “Dieu, pourquoi moi ?”. Ces questions sont légitimes dans notre relation avec Dieu.

C’est ici que le message chrétien prend alors tout son sens.

Jésus n’était pas superman. Jésus n’était pas insensible aux bras cassés Jésus ne promet pas une vie sans souffrance. Le christianisme affirme la réalité du mal et de la souffrance, sans s’en détourner, et se place justement en réponse à celles-ci.

Le christianisme ne répond pas à la question “Pourquoi Dieu autorise-t-il le mal ?” mais plutôt à la question “Comment répondre au mal par le bien ?”.

Le christianisme ne veut pas apporter une réponse rationnelle mais une réponse relationnelle.

Le christianisme parle de Dieu comme le Père. Le Père veut consoler ses enfants, et c’est bien souvent cette consolation que l’enfant recherche, plus qu’une explication rationnelle sur la source de sa souffrance.

Le christianisme offre un message d’espoir qui n’annule pas l’expérience humaine mais qui lui donne un sens nouveau : ce n’est plus la réalité de la mort et de la souffrance qui dirige nos pensées mais la réalité de la nouvelle vie en Christ et de l’amour.

Ainsi, si la souffrance ou le mal nous pousse vers Dieu, même avec des questions difficiles, des lamentations, des critiques ou de la colère, tout cela demeure bien une attitude de foi chrétienne.


Vous êtes Chrétiens curieux ?

Abonnez-vous pour recevoir ces petit articles dans votre boîte mail !