En 2025, nous célébrons les 1700 ans du concile de Nicée. Voici une courte explication de l’importance de ce concile, selon ce site catholique :
“Le Concile de Nicée est le premier concile œcuménique de l’histoire qui rassemble environ 300 évêques venus de toutes les provinces de l’Empire. (…) Lors de ce concile, les fondements du christianisme sont définis. (…) Le Concile de Nicée a joué un rôle central dans la formation de l’orthodoxie chrétienne et a marqué le début des conciles œcuméniques.”
https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/535825-le-concile-de-nicee/
Nous avons vu la semaine dernière que les débuts du christianisme ne sont pas unis ; il y a différents groupes et un développement de différentes croyances. Mais peut-être qu’après quelques débats et quelques conciles, on y arrive, non ? Le vrai christianisme orthodoxe et catholique ne serait-il pas le christianisme nicéen ?
Je trouve intéressant de lire l’introduction de l’article de Wikipédia sur le “christianisme nicéen” :
“Le christianisme nicéen, selon la terminologie des historiens modernes, est le christianisme ancien de l’Église du premier millénaire tel qu’il fut défini au premier concile de Nicée en 325. Il est généralement (et anachroniquement) appelé « christianisme orthodoxe » dans les écrits issus de la mouvance orthodoxe moderne et « Église catholique » dans les écrits issus de la mouvance catholique moderne”
Et oui, cette idée d’un christianisme orthodoxe établi une fois pour toutes en 325 est, bien sûr, idéalisée et anachronique !
Sur quoi était-on d’accord ?
À cette date du concile de Nicée (325), l’arianisme (une doctrine qui énonce que le Christ a été créé par Dieu et n’est pas éternel) est officiellement condamné par “l’Église”. Mais ce n’est pas la fin des débats sur la nature du Christ, ni la fin de l’arianisme en soi. Au contraire, on pourrait dire que c’est le début d’une crise globale au sujet de la nature du Père et du Fils et de l’explication de la Trinité. Cette crise peut sembler se terminer en 381 avec le concile de Constantinople, mais, encore une fois, ce serait trop simple ! La nature du Christ n’est pas chose facile à définir, et d’autres hérésies seront débattues. D’ailleurs, la définition de la Trinité diffère encore aujourd’hui entre catholiques romains et orthodoxes.
Voici ce qu’un historien dit à ce sujet :
“Dès les premiers siècles du christianisme, les débats sur l’unicité de Dieu, sur la nature divine ou humaine du Christ amène les premières communautés à se réunir pour définir la doxa officielle de l’Église. Le concile de Nicée en 325 s’attelle à fixer la doctrine en affirmant l’égalité parfaite entre Dieu « le Père » et son fils « Jésus », éternel comme lui. Mais les polémiques ne s’éteignent pas pour autant et d’autres conciles sont organisés à Constantinople en 381, puis à Éphèse en 431 et Chalcédoine en 451. Ils permettent d’affirmer le credo chrétien : l’union des natures humaine et divine dans le Christ unique, la divinité de sa Mère, Marie, ainsi que le concept de Trinité. Toutefois, la double nature du Christ est rejetée par les Églises arméniennes, coptes (Égypte) et jacobites (Syrie) qui n’acceptent que la nature divine de Jésus-Christ, suivant la doctrine du moine Eutychès, le monophysisme.”
Tétart, Frank. « Les schismes chrétiens : orthodoxie et protestantisme ». Atlas des religions Passions identitaires et tensions géopolitiques, Autrement, 2023. p.26-27. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/atlas-des-religions-passions-identitaires-et-tensions-geopolitiques–9782080430410-page-26?lang=fr.
Les disputes ne s’arrêtent pas non plus en 451. Plus tard, nous aurons la querelle iconoclaste (8e-9e s.), les croisades (11e-13e), le sac de Constantinople (1204), les différents papes régnant en même temps et s’excommuniant mutuellement (1378-1417), le protestantisme…
En fait, à n’importe quelle époque, on peut remarquer des débats et des différences plus ou moins fortes entre différentes communautés chrétiennes. Certaines ont plus de poids politique que d’autres, mais aucune unité n’est vraiment observée.
Le christianisme des premiers siècles ne pensait pas comme nous.
Il faut bien se rendre compte que la notion d’église locale (c’est-à-dire une assemblée chrétienne dans une ville ou une région) était bien plus importante au début du christianisme. Aujourd’hui, lorsque le nouveau pape est choisi, on en entend tous parler, chrétiens ou non, de façon instantanée. Nous sommes “hyper-connectés”, le monde entier est notre village !
Essayez de vous projeter 1500 ans en arrière : pas d’internet, pas d’imprimerie, pas d’avions ou de voitures… Ainsi, il faut bien faire attention lorsqu’on idéalise une vision du christianisme de l’antiquité, car au sein de ce monde chrétien, une grande diversité de pensée pouvait co-exister, parfois même sans le savoir ! Aujourd’hui, on est forcé d’être confronté à des modes de vie différents. Rien qu’à Paris, où j’habite, je peux me rendre à moins de 15 min à pied à une dizaine de lieux de cultes chrétiens différents, sans parler des autres religions !
Le monde d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le monde antique et chercher à idéaliser un certain “christianisme nicéen” n’a pas beaucoup de sens.
Autres sources consultées et intéressantes :
- Moga, Ioan. « La commémoration comme exercice de vigilance – Le concile de Nicée (325) dans l’Église orthodoxe ». Communio, 2024/6 n° 296, 2024. p.83-94. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-communio-2024-6-page-83?lang=fr.
- Flusin, Bernard. « Triomphe du christianisme et définition de l’orthodoxie ». Le monde byzantin. Tome 1 L’Empire romain d’Orient (330-641) Presses Universitaires de France, 2012. p.49-75. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/le-monde-byzantin-tome-1–9782130595595-page-49?lang=fr.




