Parce que les chrétiens sont curieux !

Peut-on « juste » lire la Bible ?

Idée-reçue : Il faut « juste » lire la Bible pour être unis.

Bon, c’est un peu le bazar dans l’histoire du christianisme. Nous allons donc essayer de simplifier les choses pour trouver l’unité : la Bible, et rien que la Bible ! N’est-ce pas ?

Pas si simple.

“La” Bible n’existe pas

Si l’on étudie l’origine des textes bibliques sérieusement, on voit que son histoire est fascinante, mais pas facile. Sa formation varie selon les lieux et les communautés, et son histoire est souvent mélangée avec l’histoire de son interprétation. Interprétation qui, souvent, est motivée par une théologie déjà établie.

Les historiens s’accordent pour dire qu’il n’y a pas un seul canon biblique.

“(…) « la Bible» n’existe pas. En réalité, les Bibles ont de tout temps existé dans les formats, les structures et les langages les plus variés. La meilleure réponse à la question initiale «qu’est-ce que la Bible?» serait par conséquent de remplir une bibliothèque de Bibles diversement traduites, d’épaisseur différentes et présentant chacune leur propre arrangement des livres qui la composent. Cela illustrerait la diversité des Bibles juives et chrétiennes de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Cette diversité est l’expression de l’histoire vivante de la relation entre judaïsme et christianisme, que leur rapport aux écrits bibliques relie et sépare à la fois. Elle est en outre un reflet de l’histoire du christianisme, de ses modalités historiques et de ses différentes confessions.”

Schmid et Schröter, p.20

Évidemment, les chrétiens (surtout en Occident, où la notion de “canon” a pris une grande importance) ont souvent expliqué l’histoire de la formation de la Bible selon une ligne claire et précise (“les évêques dignes de confiance, nommés par les apôtres eux-mêmes, ont reconnu l’autorité des livres qui devaient faire partie du canon”), mais la réalité historique n’est jamais exactement alignée avec l’histoire que l’on aime raconter.

Il y a, au fur et à mesure, des échanges, des dialogues, des désaccords, des conciles, mais aussi des confessions de foi sur lesquelles les différentes communautés se basent. Certains enseignements sont conservés, deviennent canoniques et orthodoxes. D’autres sont jugés hérétiques et hétérodoxes et certains sont alors complètement perdus.

C’est un processus complexe, qui implique la mise à l’écrit de la mémoire de certaines communautés, puis l’harmonisation ou le rejet de ces mémoires, et donc l’harmonisation ou le rejet de certaines communautés.

“Cette harmonisation de plusieurs mémoires s’accompagne de l’exclusion d’autres mémoires, celles des groupes rejetés comme hérétiques ou devenus marginaux, comme dans le cas de la mémoire de l’Église de Jérusalem conservée en partie par Hégésippe. Le Jésus de la « grande Église » ne sera pas le maître de sagesse de l’Évangile selon Thomas, qui prêche le royaume de Dieu comme la rencontre avec Dieu au terme d’un parcours de recherche du divin qui se trouve dans les êtres humains, et qui considère le monde comme un « cadavre » où il est impossible de trouver la vie. Ce ne sera pas le Jésus encratite qui explique à Salomé, dans l’Évangile des Égyptiens : « Je suis venu détruire les œuvres de la femme » (chez Clément d’Alexandrie, Stromates 3,9,63,2), c’est-à-dire l’exercice de la sexualité et la procréation. Ce ne sera pas le Jésus qui désigne son frère Jacques comme autorité suprême après lui, en lui apparaissant aussitôt après sa résurrection dans l’Évangile selon les Hébreux (dans un fragment conservé par Jérôme, Les Hommes illustres 2).”

Norelli, p.394

Peut-on alors dire qu’une fois le canon formé, nous arrivons à un christianisme unifié et orthodoxe ? Et bien, non. Le canon n’est, d’ailleurs, jamais vraiment formé une fois pour toutes dans les premiers siècles. En fait, ce n’est qu’au 16e siècle que cette question du canon comme liste officielle est enfin résolue pour certains groupes chrétiens.

“Lire” la Bible n’est pas si simple.

Bon, même si quelques variantes existent, et si des disputes étaient présentes au début, la plupart des églises acceptent aujourd’hui les 27 livres du Nouveau Testament. Ne peut-on pas dire : “lisons seulement ceux-là, et on sera tous d’accord” ?

Malheureusement, on observe que ce n’est pas le cas. Même depuis les réformes protestantes, avec la possibilité pour chacun de lire la Bible dans sa langue, on observe que les divisions sont plus nombreuses que les réunifications.

Comment cela se fait-il ?

D’abord, il faut accepter que la Bible représente naturellement plusieurs points de vue qui se sont mis d’accord (une forme de compromis) pour s’opposer aux faux enseignements des premiers siècles. Il y a donc naturellement des nuances théologiques différentes au sein du corpus du Nouveau Testament. Pas des contradictions, mais des couleurs différentes. En mettant l’accent sur un point spécifique face à un autre, on peut très vite arriver à des divergences.

Ensuite, il y a tout simplement la question de l’interprétation. Les textes du Nouveau Testament sont écrits en grec ancien, une langue étrangère, et dans un contexte étranger. Il y a donc forcément une distance entre nous et le texte. Deux personnes face au même texte peuvent en tirer deux choses différentes. Je pense que sur ce point, je n’ai pas besoin de citer des exemples.

Conclusion ?

Nous avons vu que ​chercher l’unité dans une revendication d’historicité​ n’était probablement pas une bonne piste. Je pense qu’il faut également accepter que l’unité ne se trouvera pas non plus dans une certaine “interprétation correcte” de la Bible. Avant de présenter des pistes pour bâtir une unité chrétienne, je vous propose de considérer une dernière idée reçue : penser que la science moderne apporte toutes les réponses et nous permet notamment de comprendre parfaitement la Bible. Nous en parlerons la semaine prochaine !


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